Stephane N’Guessan, métier : Chargeur de portables


A la grande gare routière de Grand-Lahou, vous ne risquez pas de le rater. Un box joliment peint sur lequel reposent de nombreux chargeurs de téléphones portables. «Il y en a 93 en tout. Mais je ne viens qu’avec 30 au travail », dit-il. Son travail, il l’a commencé il y a tout juste 2 ans. Même si au départ, rien ne présageait qu’il franchirait ce pas. Portrait d’un entrepreneur que rien n’ébranle.

A 20 ans, Stéphane Anaky croit dur comme fer qu’il est sur le bon chemin. Celui d’être « un grand business man ». A la mort de son père, il est contraint d’arrêter l’école en classe de CM2. Il se convertit à la ferronnerie. Sa mère l’encourage. « Ce n’est pas exactement ce que je voulais faire. J’en ai eu marre et j’ai laissé tomber pour autre chose », se rappelle-t-il.

Cette autre chose, Stéphane la trouve dans la culture du manioc. « La famille a un hectare (de terre) sur lequel j’ai planté du manioc. Je ne faisais que ça. Espérant que ça donne ». Et la providence est de son côté. La plantation de manioc donne de bons tubercules. « J’ai vendu 80 sacs de manioc. Le sac est vendu à 3000 francs CFA. Faites le calcul ! », lance-t-il, en sortant sa calculatrice. Avec les quelques 240 000 francs CFA, il fait confectionner une « caisse » par un menuisier. « J’ai acheté quelques portables et j’ai commencé à vendre, des appels et du crédit de téléphone ».

La gare, un lieu stratégique

Stéphane sait qu’il n’est pas le seul dans la zone à pratiquer ce commerce. Il veut se démarquer. « J’ai fabriqué un tableau où j’ai installé 50 prises électriques. J’ai bricolé. J’ai testé. Et ça marche », jubile-t-il. Des prises qui permettent aux voyageurs de recharger leurs batteries de téléphone.

« Parfois, ces voyageurs arrivent et ont besoin de joindre un proche. Soit ils n’ont plus de crédit, soit leur téléphone est déchargé. Dans les deux cas, ils peuvent compter sur moi », rassure Stéphane, en ajoutant : « je peux recharger tout type de téléphones. C’est pour cela que vous voyez autant de chargeurs sur la table », montre-t-il.

Ça marche !

Pour Stéphane, pas grand-chose à faire. Juste attendre chaque départ ou arrivée des bus et des autres véhicules. « En moyenne je charge entre 15 et 20 téléphones par jour. La charge est à 100 francs CFA », précise-t-il. Quand à cela il ajoute les bénéfices des appels émis de chez lui ou les crédits d’appel vendus, il se réjouit : « Mes bénéfices varient entre 5000 et 7000 par jour ». « C’est vrai qu’il y a des périodes où ça ne marche pas trop. Comme pendant les vacances », reconnait-il. Mais le jeune vendeur de (re)charges sait que la rentrée scolaire et les fêtes ne sont pas très loin. C’est sa traite.

«Mon activité actuelle n’est qu’un passage. Je sais que je vais aller beaucoup plus loin », lance Stéphane. « Je vais devenir un vendeur de voitures entre les Etats Unis et la Côte d’Ivoire », croit-il dur comme fer. En attendant, il sait que le chemin est long et difficile. « Je n’ai pas peur », affirme-t-il à haute voix. Des clients près de lui le regardent, les yeux grands ouverts. Ils attendent que leurs téléphones soient chargés.

Source Hello Afrika